Ministère de l'Action Sociale et de la Solidarité Nationale

Comité National de Secours d'Urgence et de Réhabilitation

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Burkina Faso

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PROGRAMME DE GESTION DES RAPATRIES



I. Bref aperçu du contexte de rapatriement des burkinabé de la Côte d'Ivoire et de la Libye

Suite à un conflit foncier survenu courant novembre 1999 dans la région de Tabou, en Côte-d'Ivoire, entre les communautés burkinabé d'origine Lobi et autochtones Kroumen de ladite localité, le Burkina Faso a enregistré du 08 au 12 novembre de la même année un reflux massif et brutal de ses compatriotes résidant dans ce pays.

Entamée le 08 novembre 1999, l'opération de rapatriement forcée, organisée dans des conditions d'extrême violence, traumatisantes, voire tragiques a concerné au moins dix-sept mille (17000) personnes dont en majorité des femmes et des enfants (75 à 80%) suivant les régions d'accueil.

Pendant que les autorités burkinabé et leurs partenaires au développement conjuguaient leurs efforts dans la gestion de ces victimes, quasiment démunies de tout moyen de subsistance, le pays accueillira de nouveau la deuxième vague de rapatriés composée d'environ quatre vingt mille (80.000) personnes en janvier 2001, soit une année après.

Cependant, de mémoire d'homme, le Burkina faso et la Côte-d'Ivoire deux (2) frères ont jadis vécu en parfaite intelligence, partagé des préoccupations sociales, culturelles, politiques et économiques communes.

Evènements insolites ou actions préparées, du moins avec habileté, ces atrocités ont coûté des pertes en vies humains au sein des deux communautés et ont engendré des conséquences sociales, politiques et culturelles au niveau des deux (2) pays en période de transition démocratique. Au nombre des hypothèses susceptibles de traduire les fondements de cette situation, les nouvelles dispositions relatives à la réforme agraire et foncière entreprises par les autorités de Côte-d'Ivoire pourraient se classer en priorité.

Toutefois, il est difficile d'évacuer la problématique de l'épineuse question à connotation politique de l' "IVOIRITE", dans l'orchestration des mouvements d'expulsions, assimilables à des actes de xénophobie à l'intérieur du pays.

Le phénomène de rapatriement des burkinabé de l'étranger connaîtra sa phase redoutable avec l'expulsion inattendue le 30 octobre 2000 de deux cent dix (210) burkinabé de la Jamabiria Arabe Libyenne, malgré l'excellence des relations au plus haut niveau entre les deux (2) pays.

Ainsi, notre pays a accueilli dans un intervalle d'une année au moins 97.210 rapatriés de la Côte-d'Ivoire et de la Libye.

Opérations exécutées dans l'impréparation totale et dans des conditions extrêmement sanglantes, les victimes n'ont eu de recours que de traverser sans délai la frontière du pays de résidence en vue de sauver leurs vies, fortement en pleine insécurité. Aussi, sont-elles rentrées sous la haute menace, laissant derrière elles, leurs exploitations, biens matériels, immeubles et moyens financiers …. En d'autres termes, ces rapatriés, particulièrement ceux de la Côte-d'Ivoire, ayant élu résidence définitive dans ledit pays, et rompu tout contact relationnel avec les parents du pays natal durant plusieurs décennies de vie ont été débarqués pour la majorité des cas sans aucun repère social et avec pour seules sources de survie, l'espoir fondé sur une tradition légendaire de solidarité nationale ou communautaire.

II. Actions entreprises en faveur des rapatriés

De multiples actons à plusieurs dimensions ont été entreprises en faveur des rapatriés. Elles peuvent se regrouper à deux (2) niveaux:

  • La phase d'urgence;
  • La réinsertion socio-économique des rapatriés.

1. Phase d'urgence

Elle a consisté à organiser :

  • l'accueil des rapatriés;
  • l'identification, installation et accompagnement dans les localités ou villages d'origines;
  • la satisfaction des besoins d'urgence en matière d'approvisionnement en eau, d'alimentation et de santé;
  • la fourniture de matériels de survie composés de tentes, de nattes, de couvertures, d'effets d'habillements …;
  • la prise en charge post-psycho traumatique;

Assurée par le Comité National de Secours d'Urgence et de Réhabilitation et ses organes décentralisés (Comités Provinciaux et départementaux et villageois de Secours d'Urgence et de Réhabilitation), cette phase d'urgence qui a vu la participation des organismes à caractère humanitaire a connu la mobilisation de la communauté nationale à travers des gestes ponctuels de solidarité. A titre indicatif, elle a coûté plus d'un demi milliards de francs CFA et a permis de couvrir les besoins de première nécessité des rapatriés pendant au moins six (6) mois.

2. La phase de réinsertion socio-économique des rapatries

De concert avec les partenaires au développement, le Gouvernement a procédé à l'élaboration d'un plan multi-sectoriels de réinsertion socio- économique des rapatriés. Le document du plan qui a obtenu le consensus des experts nationaux et internationaux est disponible ; il prévoit des programmes sectoriels budgétisés dont la mise en œuvre permettra non seulement une sédentarisation des rapatriés mais surtout des sources de revenus économiques susceptibles de favoriser leur insertion sociale. D'un montant d'un milliard quatre cent trente millions cinq mille huit cent vingt trois francs CFA (1.430.005.823), le plan se compose des secteurs d'interventions ci-dessous cités :


Volet du plan d'actions
Coût (CFA)
01
Assistance alimentaire
1.010.651.200
02
Assistance aux femmes, chef des ménages
2.000.000
03
Santé
76.959.498
04
Distribution/semence
80.069.275
05
Distribution/insecticide
520.000
06
Hydraulique villageoise
127.000.000
07
Scolarisation
101.640.600
08
Communication
7.420.000
09
Appui administratif
8.000.000
10
Environnement
9.745.250
11
Comité de suivi
6.000.000
12
Total
1.430.005.823

Ces actions ainsi identifiées, constituent les préoccupations actuelles des rapatriés. Ils se sont organisés en petites unités d'exploitation économique, mais manquent véritablement de ressources financières pour la mise en œuvre des programmes d'activités en raison de la situation d'extrême pauvreté que connaît le pays. Par conséquent, ils sont réduits à des conditions précaires de vie et ne possèdent aucune source de revenu stable d'où l'installation de la misère sous toutes ses formes.

Au regard d'une telle situation aux multiples conséquences, le Gouvernement exprime sa disponibilité à toutes formes de partenariat susceptible de contribuer à l'amélioration des conditions de vie des rapatriés, car conscient de la limite de ses capacités d'intervention. Aussi, lance t-il un appel d'aide humanitaire à toutes les sensibilités du monde pour sauver le sort des milliers de vies en pleine détresse.

 

III. Mécanismes d'intervention en faveur de la réinsertion socio-économique des rapatriés

1. Zones de concentration des rapatriés

D'une manière générale, tout le territoire national est concerné par le problème des rapatriés. Toutefois, on note la présence de plus de 80% des rapatriés dans la région du Sud-Ouest, des Haut-Bassins, de la Comoé, du Nord et de l'Est.
Les Provinces les plus touchées sont :

  • le Poni
  • la Bougouriba
  • le Houet
  • La Comoé
  • Le Ioba
  • La Léraba
  • Le Kénédougou
  • Le Yatenga
  • Le Gourma

2. Les secteurs d'interventions

Beaucoup de secteurs d'intervention ont été identifiés. Ils se veulent complémentaires et visent de manière intégrée la réinsertion socio-économique des rapatriés, conformément aux résultats de l'étude qui a abouti à l'adoption du document du plan consensuel.

Le document qui sert de cadre de référence d'intervention est flexible et reste soumis à la consultation des partenaires au développement.

Toutefois, le Gouvernement reste favorable à toutes formes d'actions ou de contribution susceptibles de renforcer le plan de réinsertion socio-économique des rapatriés qui demeure une de ses priorités.

A titre indicatif, les secteurs prioritaires suivants ont été retenus :

  • Assistance alimentaire ;
  • Assistance aux femmes, chef des ménages ;
  • Santé ;
  • Distribution des semences ;
  • Distribution d'intrants agricoles ;
  • Hydraulique villageoise ;
  • Education des enfants ;
  • Communication ;
  • Appui administratif ;
  • Environnement ;
  • Suivi/Evaluation-Recherche-Action.

3. Modalité d'intervention

La coordination et la mise en œuvre des actions de solidarité au niveau national étant assurées par le CONASUR, il est ouvert un compte spécial dénommé Fonds de Soutien aux Rapatriés. Il a pour missions essentielles de collecter toutes les contributions en vue de financer des programmes sectoriels dans le cadre de la réinsertion socio-économique des rapatriés.

De même, les missions diplomatiques burkinabé à l'étranger restent disponibles à faciliter toutes formes d'intervention en faveur des rapatriés L'action humanitaire étant sans frontière, le Burkina souhaite vivement que la question très préoccupante de ses rapatriés puisse recueillir la sensibilité des généreux partenaires au développement.

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